
Bien que je sois descendant d’une famille d’agriculteurs de Sainte-Cécile-de-Lévrard, très petit village situé à quelques kilomètres de Gentilly, je me considère très néophyte dans ce secteur. Mais, il y a quelque temps, j’ai été allumé par Pierre Giguère, agriculteur dans le Rang Saint-Mathieu.
J’ai fait la connaissance de Pierre et sa femme Josée en 2008 lors de la « Grande Expédition J’aime Shawi ». Lors de cette rencontre, nous parlions de développement économique, la grande industrie et comment développer de nouvelles richesses sur le territoire de Shawinigan. Héritier et propriétaire de la Ferme Larochelle, ce cultivateur d’expérience et conseiller municipal s’est confié à moi concernant le métier, la qualité de vie et l’économie agricole.
Secteur oublié?
Tout comme la foresterie, notre perception de l’agriculture semble être demeurée dans les 40. Époque encore très artisanale mettant en vedette le fermier et son tracteur rouge qui siffle dans le champ en labourant le sol.
Nous avons accès à une multitude de données et de statistiques économiques, mais en trouver sur le secteur agricole à Shawinigan, surtout mis à jour, c’est moins évident. Certes, j’ai eu quelques chiffres sur le financement agricole lors de mon mandat sur le CA de la Caisse Centre-Sud de Shawinigan, mais il semble que ce soit un secteur qui relève peu d’intérêts.
L’agriculture fait tellement partie de notre quotidien que nous en avons oublié l’existence et surtout son rôle dans le développement économique. Promenez-vous dans les rangs, sortez du même trajet routinier. Imaginez-vous, en regardant l’étendue de nos terres ce que représente l’économie du secteur agricole. Vous pourrez comprendre mon utopie dans quelques paragraphes.
L’agriculture en Mauricie : Ville de Shawinigan
En 2001, l’ensemble des terres en culture dans la ville de Shawinigan couvrait une superficie de 2 273 hectares. Pour sa part, la zone protégée en vertu de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles, communément appelée « zone verte », s’étendait sur 11 884 hectares. Comme la superficie totale de la ville est de 80 118 ha, c’est donc dire que les 35 entreprises agricoles occupaient seulement 3 % du territoire.
Les revenus agricoles étaient de 4 818 492 $ à Shawinigan comparativement à des dépenses de fonctionnement annuelles de 3 559 516 $. La valeur totale des 35 fermes s’établissait à 23 450 054 $ selon les données du recensement de 2001 incluant les animaux et équipements. (Source : L’AGRICULTURE ET LA FORÊT PRIVÉE EN MAURICIE)
Regardons-nous trop loin?
Pour l’exercice, cessons de voir les fermes mauriciennes individuellement et imaginons qu’elles ne forment qu’une seule grande industrie. Une entreprise dont les revenus bruts représentaient près de 260 millions $ ou 4,2 % de ceux du Québec évalués en 2001 à 6,1 milliards $.
Une entreprise dont les dépensent de fonctionnement se situaient à 215 millions $ annuellement. Cette géante de la filière bioalimentaire mauricienne représentait plus de 11 000 emplois directs.
Une entreprise dont la valeur foncière dépasse les demi-milliards de dollars. En ajoutant les animaux, la machinerie, le matériel, les équipements et les terres en location, la valeur totale des fermes s’établissait à 807 945 179 millions de $ selon les données du recensement de 2001. Ce total exclut les quotas. (Source :L’AGRICULTURE ET LA FORÊT PRIVÉE EN MAURICIE)
En cherchant un peu, au pays le revenu total moyen des familles agricoles atteignait 93 703 $ en 2007. Une hausse de 7,5 %. Mais ces chiffres ne proviennent pas uniquement de revenus liés à l’agriculture. Au Québec, le pourcentage de revenus hors ferme a connu une légère augmentation, passant de 65,8 à 66,3 %. Au Canada c’est environ 80 % des revenus totaux. Donc pour une famille, vivre uniquement de la passion agricole semble être impossible au Québec puisque le revenu moyen se situe dans les 77 000 $. (Source : Statistiques sur les revenus des familles agricoles).
Dans la réalité, le revenu net des agriculteurs était en chute libre à 16 967 $ en 2003 comparativement à 43 239 $ pour un ouvrier spécialisé d’un métier autre que l’agriculture.
Dans cette ère où la création d’emplois passe par les PME, même si nous convenons que le potentiel d’autrefois pour des investissements de multinationales est révolu, il reste que nous sommes toujours à la recherche du « Next big thing ». Une quête de l’entreprise qui va s’établir en Mauricie et ainsi sauver notre dynamisme régional. Nous préparons des missions à l’étranger, réalisons du démarchage, rédigeons des prospectus et nous créons un lot bien garni d’outils de développement afin d’attirer l’attention.
Avons-nous regardé ailleurs trop longtemps en laissant de côté la plus grande entreprise de la Mauricie?
Mon utopie
Suite à la discussion avec Pierre Giguère, j’ai fait un calcul rapide qu’à Shawinigan, nous sommes 52 000 personnes et consommons 3 repas par jours, donc une moyenne de 156 000 repas servis quotidiennement. Sur une base annuelle, nous consommons un peu plus de 56 millions de repas. À ce simple exercice de statistiques, j’exclus les touristes, les restaurants, les campings et les congressistes qui haussent cette statistique, mais dont il est difficile à obtenir une valeur de consommation cohérente.
Imaginez, près de 60 millions de repas servis annuellement dans notre seule collectivité. Je vous laisse le plaisir de calculer l’extrapolation de ce nombre en l’appliquant à la Mauricie. Il s’agit aussi d’une donnée perpétuelle dont la pérennité est assurée.
Tant qu’à faire dans l’utopie, allons-y au maximum. Imaginez que nous puissions inclure 2 $ de production locale dans chacune de nos assiettes. Et, je tiens à rester hors des terrines de gibier ou de ce que nous consommons marginalement. Je m’intéresse davantage à ce qu’une masse de citoyens consomme dans le quotidien : des patates, de la salade, des carottes, vous voyez le genre.
Seulement à Shawinigan, ce plus qu’optimiste 2 $, multiplié par le nombre de repas servis dans nos foyers pourrait se résulter en un pôle économique avec des revenus récurrents de 120 millions $. (200 % utopique, mais rêvons un peu!)
Transformer l’utopie
Oui je sais, je sais. Si les fermes du coin produisent et livrent davantage leurs récoltes dans notre réseau alimentaire local, nous allons avoir un problème d’entreposage. De plus il faut répartir le tout pour une consommation annuelle puisqu’il nous faut aussi des patates en janvier. Aussi il faut éviter l’erreur du bois d’œuvre que nous vendons à rabais et qui nous revient transformé en chaise de parterre.
Imaginez une bâtisse qui sert de lieu d’entreposage mis à la disposition des producteurs locaux qui est adjacente à un centre de transformation et de distribution alimentaire. La matière première arrive, elle est distribuée dans le réseau épicier et son excédent est transformé en délicieux… pâtés. OK, pas uniquement des pâtés on en convient.
Est-ce que l’agriculture pourrait devenir un pôle économique qui entraînerait des retombées directes et des emplois dans les secteurs de la production, l’électromécanique, de l’informatique, de la traçabilité, les normes sanitaires, la distribution, la mise en marché, etc?
Est-ce que ce centre d’entreposage, de distribution et de transformation pourrait intéresser d’autres géants de l’industrie?
Collaboration des experts
Comme je suis un pur néophyte-utopique du secteur agricole, j’ouvre donc la discussion avec les autres experts de BlogueMauricie afin de me corriger dans ma perception et collaborer à redéfinir ce pôle économique.
En terminant, voici une vidéo de la rencontre avec Pierre et Josée.










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