En 20 minutes, 2,716,0002 photos sont téléchargées vers Facebook. Le site Flickr héberge plus de 4 milliards d’images. Entre 2008 et 2010, plus de 300 millions d’appareils photo numériques ont été achetés mondialement.
Nous sommes devenus une société consommatrice d’images. C’est fou, il y en a partout : à la télévision, dans les journaux, sur les téléphones mobiles, dans les magazines, sur le bord de l’autoroute, dans les autobus, dans les livres pour enfant, sur les boîtes de teinture à cheveux, etc. Bon, ce n’est pas le photographe en moi qui va se plaindre. Mais avouons-le, nos pupilles sont sollicitées dans chaque direction où nous regardons.
En plus d’une dépendance généralisée aux clics de souris, nous voici dépendants aux clics des caméras. De quoi faire tomber le mythe du touriste japonais. Tout comme si nous étions las de toutes ces chaînes télé qui nous bombardent les yeux de HD, nous avons décidé de faire notre propre cinéma. Au grand plaisir des fabricants de disques durs et de cartes mémoires.
Nous sommes gourmands d’images à ce point, que nous banalisons le geste. Clic, clic et redouble clic. Pas grave, j’ai une grosse carte mémoire.
Mémoire des vieilles photos
Régulièrement, je récupère des vieux albums ou de vieilles photos d’époques. En noir et blanc, teintées sépia et jaunies depuis les décennies, ces images d’époque permettent le de revisiter qui nous étions dans le passé.
En 1930, il s’agissait d’un événement presque municipal que de faire une photo de famille. Ils étaient rares, les photographes, et ils se déplaçaient à fort prix. Pour ces raisons, tous se faisaient beaux sur les photos, et même le petit dernier sortait son violon. Tante Lucille portait son plus beau manteau de fourrure et oncle Gaston avait le flacon de caribou à la main. Style classique, sans trop de sourires, les gens étaient fiers de poser. Lorsque je reçois de telles photos d’époque, je m’imagine l’instant du clic.
Dans 30 ans ?
Imaginez un instant que nous sommes rendus en l’an 2040. Au rythme où vont les choses, ce sera des milliards d’images qui auront été prises par nos appareils.
Toutefois, croyez-vous que la belle photo de fiston prise lors de la séance photo à 500 $ chez le photographe sera compatible avec les technologies à venir. Est-ce que les fichiers avec les extensions .JPG seront toujours lisibles dans 30 ans ?
Juste à penser aux cassettes VHS. Vous savez, celle du montage de votre cérémonie de mariage payée 1200 $. Il est déjà révolu ce format qui, il n’y a pas si longtemps, remportais la guerre contre le format bêta. Je me suis récemment acheté un convertisseur VHS-DVD afin de faire fortune plus tard !
Archives = 01000001 01110010 01100011 01101000 01101001 01110110 01100101 01110011
Nos mémoires se sont numérisées et les sourires de votre fiancée sont devenus des nombres binaires. Des 1 et des 0 bien alignés dans une mémoire qui sont interprétés par votre carte graphique.
Nous avons développé des supports d’archives, disques durs externes, DVD, CD et quelques autres formats. Tous sont performants, mais ont un cycle de vie très limité. Il ne suffit que d’une grafigne et le DVD n’est plus lisible. Une surtension ou un choc et votre disque dur ne sera plus fonctionnel. Et tous ces souvenirs s’effacent. Votre mémoire de vie se remet à zéro. Ça me stresse moins lorsque j’échappe un album photo traditionnel par terre. Il suffit de redresser le coin qui a absorbé le choc. Au pire, quelques photos seront mal alignées.
Les vieilles photos ont cette qualité. Elles ont une vie et sont lisibles même grafignées. Un tour de numérisation et un brin de Photoshop et on récupère les méfaits du temps.
Ville oubliée ?
Portons cette problématique sur un plan plus collectif. Les archives photo de l’époque qui ont été conservées et entretenues par des organismes comme Appartenance Mauricie, nous permettent de comprendre notre évolution. Ces images nous aident à nous remémorer par où nous avons passé pour devenir la ou les villes que nous sommes devenus.
Il m’arrive de faire une leçon d’histoire à quelques amis en leur montrant les photos de l’ancien complexe de la Shawinigan Chemical. La réaction est immédiate et surprend. Pour un instant, ils ont conscience de l’importance de la ville sur le plan industriel. Sans ces photos historiques, nous ne pouvons éduquer et ainsi faire naître la fierté des réalisations du siècle dernier.
Qu’adviendra-t-il de notre mémoire présente dans 30 ans si les images ne sont plus compatibles avec les lecteurs du futur? Parallèlement à la restauration de notre passé, il faut se préoccuper de sauvegarder et archiver notre présent. C’est à dire, transférer sur des papiers photo de qualité les images numériques qui représentent la vie du moment afin de les conserver dans une voûte. Alors vient le dilemme des encres, des papiers et des modes de conservation. Jusqu’au jour où il faudra re-numériser les images les archiver numériquement et les réimprimer.
Un effort collectif à faire
Une région comme la Mauricie et ses intervenants municipaux devraient mettre sur pied une voûte d’archives numériques et papier qui représentent notre présent. Ce lieu aurait comme mandat de regrouper les images les plus représentatives des secteurs de nos collectivités et de faire en sorte qu’elles soient accessibles dans le futur.
Nous sommes capables de lire et décoder des hiéroglyphes datant de milliers d’années. J’ose croire qu’avec nos technologies, nous pourrions conserver et partager nos archives visuelles au moins 100 ans !










Réseaux Sociaux